Rives de Gironde (Charente-Maritime) – Fiche site

Estuaire de Gironde Mortagne © CEN-PC
Estuaire de Gironde Mortagne © CEN-PC

Rives de Gironde (Charente-Maritime) – Fiche site

Paysage

Contexte paysager

Entre terre et mer, eau douce et eau salée, ce site en rive droite de l’estuaire s’étend entre Meschers-sur-Gironde (au nord) et Saint-Sorlin-de-Conac (au sud). L’Inventaire des Paysages de Poitou-Charentes y répertorie pas moins de quatre entités paysagères, à savoir, du nord au sud : « Royan et la Côte de Beauté » (n°617), « Les coteaux de Gironde » (n°404), « Les marais de Gironde (n°618) » et « La Gironde (n°619) ».

Le site des rives de Gironde correspond à une vaste zone humide implantée sur les terres basses, partagée entre marais desséchés cultivés, prés salés pâturés, tonnes de chasses et roselières. Naturellement, la transition paysagère avec les terres hautes, associant plateaux cultivés, coteaux viticoles et petits villages, s’opère dans une alternance de combes partiellement cultivées ou boisées et de falaises mortes crayeuses, lesquelles disparaissent peu à peu en amont du fleuve où l’effet des marées s’estompe.

Dans l’immensité de l’espace estuarien, la diversité paysagère associée aux multiples pratiques en même temps si spécifiques (agriculture, chasse, pêche, tourisme…), organise un univers empreint d’authenticité, qui marque durablement les esprits.

Intérêts paysagers du site

Doté d’une grande richesse écologique et paysagère, ce site d’exception constitue un patrimoine naturel et culturel digne du plus grand intérêt. Raisonnablement aménagé et ouvert au public, il se découvre dans l’itinérance, à l’image du chemin de grande randonnée n°360 tout proche.

D’un point de vue pédagogique, les conditions d’observation du site sont étonnantes, profitant à la fois des rebords de plateaux pour embrasser en surplomb de larges portions de territoire et de l’horizontalité des basses terres s’ouvrant largement aux regards.

L’ancien polder de Mortagne-sur-Gironde illustre remarquablement la potentialité de reconquête écologique et paysagère de ce marais littoral.

Ambiances

Dominant le site, les ondulations douces et soignées du plateau se parent d’une mosaïque de champs cultivés ponctués d’anciens moulins et de nombreuses parcelles peignées de vigne, rappelant la tradition viticole du territoire.

Plus proche de l’estuaire, les combes alternent avec les falaises mortes, jadis soumises aux marées. Ses balcons crayeux découpent le trait de côte avec force tandis qu’un complexe réseau de sentiers, canaux et chenaux organise les terres basses, aux ambiances contrastées mêlant vocable portuaire, pastoral, cynégétique, agricole et naturel.

 

Rives de Gironde Paysage © CEN-PC

Rives de Gironde Paysage © CEN-PC

Depuis les terres hautes, aux abords d’un vallon cultivé rejoignant le marais desséché (à gauche)

Ancien polder Mortagne © CEN-PC

Ancien polder Mortagne © CEN-PC

Ancien polder de Mortagne-sur-Gironde, en direction des falaises.

Patrimoine naturel

Milieux naturels

L’estuaire de la Gironde est une zone humide formée à la lisière de la terre et de la mer. Cet entrecroisement des frontières écologiques en font un écosystème complexe et varié. Les rives de Gironde présentent une multitudes de milieux naturels tels que : les  roselières, les prés salés atlantique du schorre, les mares de chasse, les falaises et coteaux calcaires en bordure d’estuaire.

Reconquête du fleuve sur l’ancien polder de Mortagne-sur-Gironde

Dans la nuit du 27 décembre 1999, une tempête exceptionnelle s’abat sur les côtes atlantiques françaises. Dans l’estuaire de la Gironde, la montée des eaux détruit les digues d’un polder agricole de 190 hectares, pour envahir la terre et la partie basse de la petite ville de Mortagne-sur-Gironde. En l’absence de digue, les terrains agricoles où était pratiquée une agriculture intensive depuis 1960 (maïs, tournesol) deviennent difficilement exploitables. La tempête en détruisant les digues de protection du polder, a rendu le site submersible lors des marées. Aujourd’hui, l’eau salée de l’estuaire parvient dans le polder entraînant une sédimentation : phénomène essentiel dans le processus de reconquête du polder. L’apport d’une banque de graines, a réactivé la dynamique naturelle de la végétation. Le polder est dorénavant marqué par un étagement de végétation caractéristique des marais estuariens de la côte Atlantique avec la salicorne, la Scirpe maritime et du Roseau commun sur une vingtaine de kilomètres le long de la côte charentaise. Ces milieux naturels sont des zones d’intérêts majeurs pour la reproduction et la migration de nombreuses espèces végétales et animales.

Faune, Flore

L’apport, l’accumulation et le recyclage de sédiments et de substances nutritives en continu placent les estuaires en tête des écosystèmes les plus productifs de la planète. Leur intérêt n’est plus à démontrer pour de nombreuses espèces de poissons qui y trouvent des zones de reproduction et de nourricerie ; par exemple de jeunes bars, mulets, maigres, gobies, flets, soles viennent se nourrir sur les vases immergés de l’ancien polder.

Les falaises et coteaux qui eux bordent l’estuaire sont reconnus pour leur richesse botanique. On y retrouve des espèces comme le chou marin (Brassica oleracea), adaptées aux conditions extrêmes de ces falaises soumises aux embruns et à la sécheresse.

De par ses ressources trophiques importantes, l’estuaire de la Gironde constitue une escale migratoire pour la conservation de nombreuses espèces d’oiseaux d’Europe du Nord : Phragmite aquatique, Gorge bleue à miroir, Rémiz penduline, passereaux paludicoles ou limicoles.

 

Gestion, sensibilisation

Objectifs de gestion

Mortagne pâturage ovin © CEN-PC

Mortagne pâturage ovin © CEN-PC

Le Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes assure depuis 2008 la gestion des acquisitions (ancien polder et prairies de marais desséché) du Conservatoire du Littoral sur cette partie d’estuaire et plus récemment du Domaine Public Fluvial.

Le maintien des activités traditionnelles est un des objectifs de gestion en adéquation avec les enjeux écologiques. Chaque année, une douzaine d‘éleveurs mettent en estives leurs animaux (bovins, ovins) permettant ainsi le maintien des prairies et du schorre ouvert et donc une diversité d’habitats.

Les activités cynégétiques et de pêches sont omniprésentes sur le site, notons la présence de 150 installations de pêche appelées « carrelets » et de 144 installations de chasses appelées « tonnes ». Le Conservatoire, en partenariat avec le Conseil départemental de la Charente-Maritime (gestionnaire des carrelets), travaille ainsi quotidiennement à la coordination des nombreuses activités que l’on peut retrouver sur ce territoire. Un travail de médiation est indispensable afin d’accorder le développement locale, les activités traditionnelles et la préservation des milieux naturels.

Modalités de gestion

La gestion des activités traditionnelles des parcelles est encadrée par des autorisations d’occupation temporaire (AOT), contrat signé entre le Conservatoire du Littoral  et les utilisateurs (éleveurs, chasseurs, pêcheurs…). L’objectif des conventions est de mettre en place des pratiques respectueuses de l’environnement et soucieuses d’un développement durable qui contribuent à la sauvegarde de l’espace littoral, au maintien de l’élevage en adéquation avec la biodiversité, au respect des sites naturels et de l’équilibre écologique.

Le Conservatoire du littoral intervient sur ce vaste espace en partenariat avec le Conseil départemental de la Charente-Maritime et le Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes. Il agit aussi en lien avec les différentes communes et l’ASCGE (Association Saintongeaise de Chasse et Gibier d’Eau).

Les objectifs de gestion pour cet espace visent à :

  • Maintenir et restaurer les écosystèmes en bon état fonctionnel.
  • Favoriser et suivre la présence des espèces à forte valeur patrimoniale.
  • Conforter les activités agricoles traditionnelles (pâturage).
  • Gérer l’activité des installations de pêche aux carrelets et gérer les installations de chasse à la tonne.

Une dizaine de conventions d’usage avec des agriculteurs ont été signées pour maintenir des actions de pâturage et de fauche. Une convention avec l’association de chasse encadre les activités cynégétiques sur cet espace.

Les installations de pêche aux carrelets font l’objet d’une gestion particulière déléguée au Conseil départemental de la Charente-Maritime.

La qualité paysagère et biologique de l’estuaire de la Gironde est valorisée grâce à une exposition « paysage et biodiversité de l’Estuaire de la Gironde ». Cette exposition multi-partenariale permet à tout public de s’intéresser à la dimension paysagère et biologique de l’estuaire de la Gironde.