Vastes plateaux calcaires dominant la vallée du Claix et ses plaines cultivées, les « Meulières de Claix » et les « Chaumes du Vignac » constituent un véritable îlot de nature encore préservé mais fragile. Initiée en 1995 par l’association Charente Nature, l’intervention du Conservatoire d’espaces naturels porte aujourd’hui sur une surface de près de 67 hectares d’un seul tenant.
LETTRE DU CONSERVATOIRE - AOUT 2005
Les Meulières de Claix - Chaumes du Vignac (Charente)
Vastes plateaux calcaires dominant la vallée du Claix et ses plaines cultivées, les « Meulières de Claix » et les « Chaumes du Vignac » constituent un véritable îlot de nature encore préservé mais fragile. Initiée en 1995 par l’association Charente Nature, l’intervention du Conservatoire d’espaces naturels porte aujourd’hui sur une surface de près de 67 hectares d’un seul tenant.
EDITO
Il y a environ 90 millions d’années, la région de Claix était un lagon récifal où vivaient des mollusques coloniaux disparus, les rudistes. Combinés à l’érosion du Massif Central tout proche, les squelettes des rudistes ont formé une barre calcaire, appelée Turonien, qui est à l’origine du plateau des Meulières. Aujourd’hui émergé, érodé, ce paysage caussenard regroupe plusieurs caractères qui en font un des fleurons du patrimoine naturel de la région. Caractères géologiques, bien sûr, de par la formation de ce paysage. Caractères biologiques, surtout, avec des plantes et des animaux adaptés à des conditions de vie particulières. Caractères humains enfin, car l’exploitation de la roche et le pâturage ont autant modelé ces écosystèmes que l’évolution naturelle.
Le charme de ce paysage insolite, comme sa valeur, réside en cela : une nature dans laquelle l’homme prend toute sa place. La responsabilité du Conservatoire Régional des Espaces Naturels est grande, qui doit assurer la valorisation de ce site tout en permettant qu’il soit transmis, intact, aux générations futures.
Jean-Pierre Sardin, Administrateur du CREN ,Membre du Conseil Scientifique, Président de Charente Nature
De la roche à la chaume...
Les plateaux des Meulières de Claix et des Chaumes du Vignac s’étendent sur des terrains calcaires datés du crétacé (-23 à -135 millions d’années).
Ces calcaires présentent deux couches qui se superposent :
une couche plus dure affleurant au niveau des corniches de bord de plateau,
une autre plus tendre, à tendance argileuse et marneuse, qui modèle les versants plus ou moins pentus.
A leur base, un niveau imperméable est à l’origine de nombreuses sources.
Un patrimoine naturel remarquable
Site exceptionnel d’un point de vue écologique, les plateaux sont recouverts de pelouses sèches calcicoles, parsemées de fourrés à genévriers. Une flore de type méditerranéenne, peu fréquente dans nos régions accueille plusieurs espèces rares et protégées dont la Globulaire de Valence, connue en France seulement au sud d’Angoulême !
L’intérêt faunistique est également majeur, plusieurs espèces de reptiles (Lézard vert...), mammifères (Genette...) ou oiseaux (Engoulevent d’Europe...) utilisant cet îlot de nature pour se reproduire et se nourrir.
Un ruisselet alimenté en permanence par une source circule dans le fond de vallon séparant les deux plateaux. Les mares présentes sur cette entité humide accueillent le très rare Sonneur à ventre jaune.
Cette diversité vaut au site d’être protégé depuis 1993 par un Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope.
Un espace façonné par l’homme
Au remarquable patrimoine biologique de ce site s’ajoute une forte dimension humaine. D’anciennes fosses d’extraction parsèment le plateau des Meulières. Des meules destinées aux moulins de la région et de la pierre de taille pour le bâti local témoignent d’une exploitation de la pierre dès le XIVème et jusqu’à la fin du XIXème siècle.
Une étude ethnologique menée en 2004 a recueilli de nombreux indices sur l’histoire du site et son exploitation par l’homme. Sa consultation est possible dans les mairies de Claix et de Roullet.
Le rôle du Conservatoire
Depuis 1997, le Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes est gestionnaire de 66 hectares sur les communes de Claix et Roullet-Saint-Estèphe. Son objectif prioritaire est de restaurer et gérer les habitats de pelouses sèches du site.
Cette gestion est menée en concertation avec les acteurs locaux et tient compte de la complexité géographique, écologique et culturelle du site.
Gestion et valorisation du site
La signature d’une convention de gestion avec un éleveur local a permis de réhabiliter une gestion par pâturage sur environ 30 hectares. Chevaux et moutons contribuent à maintenir des habitats reconnus d’intérêt communautaire...
Une gestion périodique par fauche permet de limiter la fermeture spontanée des secteurs non pâturés. Grâce notamment à la participation efficace des élèves du Lycée agricole de l’Oisellerie, plusieurs hectares de chaumes ont pu être restaurés ces dernières années.
Travaux et aménagements
Il y a 3 ans, des panneaux d’information ont été posés aux entrées principales du site.
Associés à une table de lecture du paysage, ils rappellent l’intérêt biologique et culturel de cet espace grandiose. Des équipements favorisent également la découverte du site à pied : des chicanes permettent notamment d’accéder au plateau pâturé et à ses nombreuses fosses d’extraction de pierres meulières. Un chemin de randonnée emprunte aujourd’hui cet itinéraire dépaysant.
Un travail partenarial
Le Conservatoire anime périodiquement un Comité Partenarial de Gestion. Celui-ci permet un échange constant d’informations et de savoirs-faire avec les élus locaux, agriculteurs, chasseurs, associations naturalistes, randonneurs, ...
Afin d’assurer la gestion du site, le Conservatoire a signé une convention de mise à disposition avec un éleveur.
L’association Charente Nature assure le suivi scientifique périodique du site. Par ailleurs, dans le cadre d’un programme porté par le Conservatoire, Charente Nature assure des interventions pédagogiques à destination des scolaires de Claix et de Roullet.
Un travail conjoint avec la Fédération départementale des chasseurs a permis de concrétiser la mise en place d’une réserve de chasse et de faune sauvage sur la partie pâturée du site.


