
- Prairie
LA LETTRE DU CONSERVATOIRE - octobre 2006
Le marais de Clussais-la-Pommeraie (Deux-Sèvres)
De Lezay à Sauzé-Vaussais, en sud Deux-Sèvres, s’étend un vaste ensemble de prairies humides et de boisements. Cette dépression de plus de 1000 ha, aux sols argileux et localement tourbeux, accueille plusieurs espaces de landes et de prairies humides aux forts intérêts écologiques,

- Terres rouges
dont un site majeur, le Marais de Clussais-la-Pommeraie.
ÉDITO
Les zones humides jouent un rôle majeur dans le maintien de la biodiversité, mais aussi pour la préservation de la qualité de l’eau. Pourtant, l’urbanisation, la multiplication d’infrastructures de transport, l’intensification des pratiques agricoles… ont contribué à la disparition des 2/3 d’entre elles au cours du XXème siècle. C’est pourquoi les zones humides, et plus particulièrement les marais continentaux et littoraux, constituent des milieux d’intervention prioritaires pour le Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes et le Conseil Régional au titre de l’excellence environnementale.
Parmi les 9 sites de « zones humides » sur lesquels le Conservatoire intervient par maîtrise foncière ou d’usage en Deux-Sèvres, le Marais de Clussais-la-Pommeraie tient une place particulière. Il constitue en effet l’un des tous premiers sites d’intervention du Conservatoire. Aussi, je vous invite à travers ces quelques pages à découvrir ce « joyau », tout en souhaitant que les actions mises en œuvre depuis 1995 avec de nombreux partenaires servent d’exemple et puissent contribuer à l’initiation de nouveaux projets de préservation et de restauration de zones humides.
Marie LEGRAND, Présidente du Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes

- vue aérienne Clussais
Une zone humide dans un écrin bocager
Les zones humides sont des milieux d’une extrême importance pour la biodiversité, mais aussi pour la qualité de l’eau (rôle épurateur) et la lutte contre les inondations (zones d’expansion des crues).
Le Marais de Clussais-la-Pommeraie n’échappe pas à cette règle. Prairies naturelles humides, landes, boisements, mares et fossés se partagent l’espace dans un remarquable écrin bocager lové au sein d’une « cuvette » d’une trentaine d’hectares.
Alliances secrètes
Cette remarquable diversité de milieux permet la présence d’habitats et d’espèces rares et menacés. Orchidées, Gentiane pneumonanthe, Cuivré des marais…, sont les hôtes privilégiés d’un habitat d’intérêt communautaire, la prairie humide à Molinie. La Pie-grièche écorcheur affectionne ces prairies bocagères bordées de haies buissonnantes. Plusieurs espèces d’amphibiens, véritables « sentinelles », occupent les mares en période de reproduction. Enfin, les botanistes s’attarderont sur les fossés pour y découvrir 2 espèces végétales protégées au niveau national : la Gratiole officinale et le Flûteau nageant.

- Dacthylorizaelata Xincarnata
Un équilibre et une richesse fragiles
Toutefois, ce site d’intérêt majeur sur le plan paysager et écologique connaît, comme une grande partie des zones humides, un équilibre fragile et menacé par l’évolution de l’occupation du sol.
Le marais était exploité par fauche et pâturage jusque dans les années 1950. Puis, il a été progressivement abandonné. Des essais de mise en culture ont été tentés, sans succès. Les prairies humides ont commencé à s’enfricher au point de laisser place aux taillis arbustifs de Bourdaines et aux boisements de Frênes. En parallèle, les mares se comblent peu à peu jusqu’à s’atterrir. Les espèces liées aux milieux prairiaux et aquatiques disparaissent alors…
Préserver, c’est gérer… durablement
Depuis 1995 et suite à une sollicitation de Deux-Sèvres Nature Environnement, du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres et de la Société Française d’Orchidophilie, le Conservatoire et ses partenaires ont engagé un programme de réhabilitation et de mise en valeur du Marais-de-Clussais-la-Pommeraie.
Afin de mener les travaux de restauration nécessaires et de pouvoir en assurer l’entretien sur le long terme, un programme de maîtrise foncière, conduit avec la SAFER, a permis d’acquérir 23 ha.
Ré-ouverture de prairies et de fossés embroussaillés, reconversion de parcelles mises en culture, curage de mares, ouverture de layons et clairières dans les taillis de Bourdaines… Différents travaux de restauration ont été menés depuis 1996 pour retrouver des conditions favorables aux différents habitats et espèces d’intérêt patrimonial.
Afin d’en assurer l’entretien, plusieurs parcelles sont gérées par des exploitants agricoles dans le cadre de conventions de gestion assorties de cahiers de charges agri-environnementaux. Le Conservatoire fait également appel à des entreprises de travaux agricoles ou à des prestataires spécialisés pour conduire des travaux de génie écologique.
La gestion mise en place est programmée sur la base d’études écologiques et évaluée par un protocole de suivi et d’évaluation scientifique.
Un lieu de découverte et d’échange d’expériences
Parcourir le marais de Clussais-la-Pommeraie n’est pas toujours aisé, surtout lorsque les prairies sont « noyées » ! Pourtant, visiter le site en hiver donne l’impression de s’immerger dans un territoire « sauvage, éloigné de tout », alors que le printemps laisse exploser

- Animation
mille couleurs. C’est pour cela, mais aussi pour respecter les différentes espèces présentes, que la découverte du site et de ses richesses est proposée uniquement dans le cadre de visites guidées.
En associant élus locaux, agriculteurs, chasseurs, naturalistes, le Conservatoire souhaite que la préservation du Marais de Clussais-la-Pommeraie soit l’affaire de tous et permette un échange de savoir-faire sur la gestion des zones humides et l’émergence de nouveaux projets.
Ambiances au fil des saisons
Le Marais de Clussais-la-Pommeraie constitue un véritable paysage témoin d’un marais bocager dont il ne reste que peu d’exemples suite aux mutations agricoles de ces dernières décennies. C’est un espace attrayant à chaque instant. En l’absence de feuillage, l’hiver est la saison des transparences, des perspectives, des prairies et des mares gorgées d’eau. Le printemps et le début de l’été est celle des camaïeux de verts, des papillonnements furtifs, des floraisons surprises et spectaculaires et finalement des odeurs d’herbes coupées. La fin de l’été et l’automne sont des temps secs et jaunis : une végétation rabougrie crisse sous les pas.
Zones humides en forte régression
Au cours du XXème siècle, les 2/3 des zones humides ont disparu en France, pour atteindre à peine plus de 2,5 % du territoire métropolitain (hors vasières, milieux marins , cours d’eau et grands lacs). Pourtant plus de 50% des espèces d’oiseaux dépendent des zones humides et 30% des espèces végétales remarquables et menacées en France y sont inféodées.


