Abordé pour lui-même, le paysage du marais déroute. Lieu à la fois chargé d’histoire,
et hors du temps. Pour peu qu’on découvre le marais aux heures les plus chaudes
de l’été, le soleil y assèche les canaux, fendille l’argile et fait jaunir les
prairies. On y cherche alors ce qui fait sa qualité de marais : la présence
de l’eau. Elle se fait plus forte au cœur de l’hiver, inondant le creux des
jas dont elle redessine la géométrie. Des lignes dorées de roseaux se détachent
sur le vert brillant des prairies et y révèlent son parcours labyrinthique.
On cherche aussi dans le marais les traces de l’activité salicole passée. Des
reliefs étranges, sur cette étendue aussi plate que la surface maritime, donnent
quelques indices : les espaces ou l’alternance régulière des jas et des bossis
est encore bien lisible sont les plus évocateurs des anciens marais salants.
Mais le plus souvent, l’œil se perd sur une étendue inondée de ciel et dont
il cherche les limites : il s’accroche alors à la qualité particulière du sol
du marais, à la richesse des textures végétales, à la finesse d’une ligne de
roseau soulignant le passage d’un canal, à l’envol d’un oiseau, aux traces d’un
ragondin... En l’absence de spectaculaire, l’intimité du marais se découvre
dans toute sa richesse en marchant, et au fil du temps, de la façon très " tactile
" dont on découvre un jardin. Les événements les plus marquants, dans ce parcours
un peu monotone, sont l’approche des coteaux qui enveloppent le marais, les
lieux singuliers comme les grands canaux rectilignes, les anciennes îles, et
tous les lieux plus fortement imprégnés de présence et d’activité humaine. La
proximité du rivage se révèle progressivement, avec le développement d’une ambiance
littorale marquée par le changement de la végétation, par les vases fines et
luisantes mises à nu à marée basse, par les signes de l’activité ostréicole...
Une fois franchi le rempart des digues, le rivage se présente comme un espace
à part du marais : en contrebas, une lisière toute orientée vers l’espace maritime.
Les étendues de vase, découvertes à perte de vue à marée basse, la présence
drue et sombres des îlots de spartine, provoquent un rapport particulier avec
la mer : le rivage est un terrain à la fois mouvant et végétal, où l’on n’ose
trop s’aventurer.