C’est une campagne très « retirée », qui ne présente ni l’abandon des terres trop difficiles, ni le pittoresque des campagnes vallonnées : les terres de brandes portent l’image d’une campagne très calme. Ses principaux atouts reposent sur la présence des motifs végétaux, sur la belle forme que prennent les chênes dans ces terres difficiles. Les faiblesses viennent de l’entretien difficile des mêmes motifs, qui procure un sentiment de « pas fini »…mais il faut remarquer que les paysages actuels sont, part rapport à d’autres secteurs, très récents historiquement : les terres de brandes n’ont pas encore trouvé leur « maturité paysagère », et doivent encore préciser l’image à laquelle répondront les pratiques.
Ce sont celles que représente un abandon d’entretien plus marqué encore, et qui laisserait les motifs actuels à la fois se dégrader, et sans postérité. Ce sont celles d’un développement urbain et économique qui considérerait le paysage des terres de brandes trop peu valable pour mériter d’être pris en compte dans la composition des nouveaux espaces (exemple de Montmorillon). Certains types de landes présents dans la région, comme les landes humides ou tourbeuses, sont considérés comme fortement menacés au niveau européen et inscrits en tant que telles à l’annexe III de la Directive Habitats de la CEE (1989). Du fait, dans la région, les landes sont soumises à de nombreuses menaces et elles ont connu au cours des dernières décennies une très forte régression tenant à trois causes essentiellement :
Elles résident essentiellement dans la présence des motifs de la végétation, qu’il reste à entretenir, à pérenniser, et à compléter, notamment dans le rôle qu’ils doivent jouer au bord des routes. Un autre potentiel est celui des brandes, quasi disparues, mais qui représentent une double valeur : celle d’un paysage oublié, mais porteur d’une mémoire spécifique (terres pauvres pâturées extensivement), ainsi que celle d’une formation végétale au potentiel environnemental fort, et dont le paysage émerge dans l’époque actuelle comme une valeur d’expression de la nature (paysages de friches) en même temps que plastique (floraison et matière des genêts, ajoncs, bruyères…)
Tournant agricole : l’agriculture a connu un formidable bouleversement après les années 50, dont les remembrements ont été les signes les plus marquants dans le paysage. Tout indique une nouvelle évolution pour les années à venir. Les modalités actuelles (techniques et subventions) atteignent aujourd’hui leur limites, et les effets secondaires du système impliquent une remise en cause, notamment en raison des surproductions et des craintes sur la durabilité des ressources. De nombreuses réflexions sont en cours afin de tenir compte des rôles importants que joue la profession agricole dans le domaine de l’environnement et dans la vitalité des territoires. Elles impliqueraient une évolution notable des techniques d’exploitation, ayant des incidences sur l’apparence des territoires dont la spécialisation des productions serait moins marquée. La qualité des paysages peut s’inscrire dans ces projets, aux côtés des critères économiques et environnementaux, de sorte à ne pas reproduire les erreurs de l’approche trop fonctionnelle des remembrements d’autrefois. Il sera ainsi possible de reconnaître et valoriser ce que l’agriculture apporte aussi à la société comme créatrice des espaces et des ambiances des territoires qu’elle anime.
Le déficit criant de représentation des terres de brandes entraîne sûrement pour une part les défaillances d’entretien de son paysage. Un travail de diffusion des paysages potentiels du secteur sera nécessaire pour entraîner les énergies. Le thème, plastique et sémantique, des beaux chênes aux formes dessinées, paraît très prometteur, en particulier dans ses formes libres au bord des routes et dans les parcelles de prairies.