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I L’AMBIANCE :
I.4 ANALYSE PAR MOTIFS

Relief et roches

Dans le mot “ plaine ”, il y a la définition d’un territoire plan. Le relief est peu marqué, ou pas du tout, et c’est un caractère essentiel du paysage, qui en conditionne fortement la perception. Les caractéristiques géologiques sont telles que la roche sous-jacente n’apparaît que rarement : c’est la terre, qui la recouvre, qui autorise les cultures, et qui apparaît nue en hiver, que l’on retient comme socle de ces paysages. Quelquefois cependant, à l’occasion d’une section de route en déblai, une coupe est offerte au regard. Les côtes mortes, au-dessus des marais, organisent parfois des “ évènements de paysage ” singuliers. La forêt de Benon, sur son socle légèrement bombé, créée un micro relief à signaler. Les vallées ne présentent pas de relief spécifique.

Eaux

Quelques vallées, occupées par des systèmes complexes de ruisseaux, de bras, de canaux, plus ou moins liés au marais tout proche (dont la plaine constitue le bassin versant), recoupent les paysages de champs ouverts. Ces éléments se signalent davantage dans le paysage par la végétation qui les accompagne que par les motifs de l’eau elle-même, qui demeure presque toujours cachée.

Végétation

La culture généralisée du sol, qui procure le grand dégagement visuel des plaines, forme avec le relief plat l’essentiel du caractère des paysages. Les cultures elles-mêmes, leurs matières, les couleurs qui se succèdent selon la saison, forment donc la principale “ matière paysagère ” du secteur. Il faut cependant signaler de notables différences entre ce secteur et le modèle beauceron (évoqué plus haut). En effet, le dégagement du sol n’est pas total : entre certaines parcelles (surtout le long de petites routes), des haies apparaissent çà et là ; mais elles ne forment pas de système, ni de trame. Elles semblent “ posées ” là, sans véritablement instaurer de relation d’espace, ni avec le dégagement de la plaine, ni avec les routes, ni avec d’autres haies. Le massif forestier de Benon que prolonge vers l’est un cortège de bosquets, constitue quant à lui à l’échelle de la région et a fortiori à celle du secteur, un évènement majeur du paysage. Les vallées modulent aussi avec force l’ambiance générale de la plaine. Une large épaisseur qu’occupe le réseau complexe de ruisseaux, bras et canaux et toute leur végétation spécifique semble prolonger le système des marais dans la plaine. Dans un tel ensemble au sol plan, la végétation donne aux vallées le volume que le relief ne leur a pas accordé. Les peupliers trouvent là un sol humide propice ; ils marquent le parcours des rivières instaurant des accidents de volume dans la plaine horizontale. Les vallées accueillent également un système spécifique de végétation de berges (aulnes et saules) parfois suffisamment en abondance au point de faire s’approcher l’ambiance paysagère de certains sites à celle de certains bocages (autour de prairies de fond de vallées).

Motifs construits

Traditionnellement, et de longue date (comme l’a montré R.Dion), les secteurs de grandes cultures sont aussi des territoires où l’habitat est fortement regroupé, c’est là un caractère essentiel de ces paysages. Cette particularité va de pair avec le dégagement des sols ; ces deux particularités contribuent dans une certaine mesure à instaurer une réelle continuité de l’espace jusqu’à l’horizon… Dans la plaine d’Aunis, il y a une véritable “ composition ” des villages. D’aspect compacts, ils sont pourvus sur leur zone de contact avec la plaine d’un ensemble d’éléments de transition : jardins, bosquets, vergers, murs d’enceinte... Les fenêtres des maisons ne s’ouvrent ainsi pas directement sur l’immensité des cultures et sur le vent qui les balaie. Les châteaux d’eau, les grands bâtiments agricoles (hangars, silos…) ponctuent régulièrement la plaine de leur silhouette. Leurs grands volumes, leurs hauteurs, leurs fonctions même sont en accord avec les dimensions de ce vaste paysage. Les difficultés “ d’intégration paysagère ” viennent plutôt des tentatives maladroites de camouflage végétal. Celles-ci, la plupart du temps, ne font que stigmatiser ces éléments qui méritent avant tout de vraies réflexions préalables d’implantation ainsi que des architectures soignées. L’architecture traditionnelle des fermes, des villages ou des magnifiques églises se caractérise par sa blancheur (celle-la même qu’ont remarqué les écrivains) ; elle s’associe à la lumière de l’Océan pour donner aux paysages cette tonalité “ d’os blanchis ”. Aujourd’hui, l’urbanisation des environs de La Rochelle prend une place considérable dans les dégagements de la plaine. Quelle que soit la vocation des bâtiments (bâtiments commerciaux, logements, bâtiments d’activités…), l’urbanisation de ces dernières décennies se déploie selon une architecture beaucoup moins caractéristique : elle ne reprend pas la structuration spécifique des villages groupés entre lesquels le ciel semble se poser directement sur les champs ; elle ne réutilise pas davantage le vocabulaire précieux des franges de bourgs et villages de plaines (évoqué ci-dessus). Les cultures, à ce contact abrupt, semblent alors reléguées au rang de tabula rasa (table rase), page blanche sur laquelle s’est écrit, sans transition ni égards, le langage sans grâce de l’urbanisation des dernières décennies.

Motifs des réseaux

Dans les grands dégagements cultivés, les poteaux et les pylônes apparaissent nettement. Ce sont souvent les seuls objets auxquels l’œil peut s’accrocher. Le contexte de paysage de plaine en accentue fortement l’impact. Quant aux routes, dans des secteurs peu attractifs pour la randonnée, ce sont les modes de perception presque uniques sur la plaine : ceci contribue probablement, et malheureusement, à conforter l’idée que les plaines forment plutôt des paysages à traverser simplement vite entre deux points. Compte tenu de cela, ainsi que du grand dégagement de l’espace, il faut savoir reconnaître et apprécier l’importance des motifs de végétation qui peuvent les accompagner. Les alignements de grands arbres s’accordent particulièrement bien à cette circonstance paysagère. De loin, ils permettent d’instaurer un motif qui se détache avec élégance sur l’horizon qu’ils animent ; depuis la route, ils forment des premiers plans d’une grande qualité pour donner de la profondeur (et une dimension parfois pittoresque !) aux vastes dégagements visuels. Les écrans opaques, discontinus et mal taillés que l’on rencontre le long des routes n’apportent par comparaison aucune valeur paysagère aux espaces qu’ils ponctuent.



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Rédacteur en chef : Patricia BUSSEROLLE
Conservatoire d'espaces naturels de Poitou-Charentes
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