L’espace du marais s’inscrit globalement dans la continuité de l’espace maritime ; la persistance de petites îles affirme encore - par contraste - cette continuité, et contribue à manifester la présence ancienne de la mer. Les coteaux qui l’enveloppent ont constitué les limites de l’Océan dans le golfe de Brouage, au cours des derniers siècles avant notre ère. Degré zéro de l’évolution du rivage, ils en constituent la seule forme aisément perceptible parmi toutes celles qui se sont succédé jusqu’à nos jours. Les reliefs plus fins sont ceux qui témoignent de l’activité salicole passée : jas et bossis animent la surface du marais selon un dessin qui a évolué au fil des siècles, et permet aux observateurs avertis d’en dater l’origine.
Douce ou salée, la présence de l’eau a contribué au façonnement du paysage du marais de Brouage. Elle joue un rôle important dans son identification comme " marais ". Omniprésente encore dans son organisation actuelle, elle se fait toutefois plus rare aux heures chaudes de l’été, et confère au paysage un aspect changeant selon les saisons. La maille serrée du réseau hydrographique du marais lui façonne une image labyrinthique : constituée d’éléments formels sinueux et répétitifs, elle fait souvent obstacle aux cheminements. Les grands canaux construits aux XVIIIe et XIXe siècles font exception : rectilignes, ils sont facilement identifiables et peuvent servir de repère dans l’espace du marais. L’approche de la mer transforme l’aspect des voies d’eau, par l’influence du sel et le va et vient des marées.
Les formes végétales les plus représentatives du marais sont les lignes de roseau qui accompagnent le réseau d’eau douce. Elles constituent le plan vertical de référence, cachant ou laissant voir la ligne haute des coteaux, dont elles aident à mesurer l’éloignement. L’hétérogénéité de textures et de couleurs des prairies est aussi une caractéristique importante du paysage du marais, animant son étendue parfois monotone. Elle constitue l’apparence sensible de sa richesse floristique. Isolés ou en alignement, les arbres jouent un rôle paradoxal : cassant l’intégrité d’un espace comparable à l’espace maritime, mais rompant sa monotonie et adoucissant sa traversée (au détriment de la métaphore). Evénements sur la planéité du marais, les arbres y constituent des repères. Les alignements d’arbres de haut jet sont caractéristiques de quelques lieux particuliers, comme le canal de Brouage et le canal de la Seudre à la Charente, dont ils contribuent à dater la singularité d’ouvrages du XVIIIe siècle. Une structure bocagère persiste sur les coteaux et les îles, glissant parfois sur la frange périphérique du marais, et atténuant ainsi sa limite avec les coteaux. En fond de marais, parcelles de friche et peupleraies amorcent une fermeture de l’espace qui radicalise la transformation du paysage, en faisant perdre le souvenir même de la mer.
Les motifs construits les plus modestes sont ici liés à l’eau et à sa gestion : ouvrages hydrauliques, ponts et passerelles, appontements... Hormis quelques anciennes cabanes d’exploitation datant du XVIIe siècle, ou d’autres abritant le bétail, le cœur du marais est désert d’installations humaines : les fermes et villages ont pris place sur les îles ou les coteaux, en position charnière entre les terres de culture des hauteurs, et les terres de pâture du marais. Sur la frange littorale, l’activité ostréicole s’accompagne de regroupements de cabanes situés le long des havres de Brouage et de Mérignac. A l’extrémité de sa presqu’île, la Tour de Broue constitue un repère facilement identifiable, comme d’autres éléments hauts émergeant de la ligne des coteaux. La citadelle de Brouage est un amer plus discret, émergeant à peine du marais dont elle a adopté l’horizontalité. Tour et citadelle sont des points forts dans la découverte du site, apportant la marque du Temps à ce territoire du marais qui paraît sans âge, et offrant de belles vues panoramiques.
Le réseau originel de " taillés " est lié à l’histoire et à l’organisation fonctionnelle du marais. Ces chemins épousent la forme sinueuse des chenaux et ruissons, et sont disposés en antennes depuis une sorte de chemin périphérique situé au pied de la bordure continentale ; ils s’achèvent souvent en impasse au cœur des anciennes exploitations salicoles qu’ils desservaient. Au contraire, les route récentes, issues de la logique des grands travaux d’assainissement, épousent le tracé des canaux rectilignes des XIIIe et XIXe siècles ; comme eux elles sont parfois bordées d’arbres de haut jet qui signalent leur passage. Mais le motif associant le réseau viaire, et le réseau hydrographique avec ses lignes de roseaux, reste le plus caractéristique du marais.