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LES ENJEUX DU PAYSAGE :
DIAGNOSTIC PAYSAGER

Atouts et faiblesses

La richesse du site tient à la valeur de son patrimoine historique et écologique, auxquelles ses qualités paysagères sont intimement liées. La citadelle de Brouage et la Tour de Broue, peuvent jouer un rôle moteur dans sa découverte, ainsi que l’important réseau de chemins existants. Le Marais de Brouage n’est drainé qu’à 10% de sa superficie totale. Il a gardé les traces de son passé de marais salant comme fossilisées sous l’enveloppe des prairies et des roselières, ce qui lui confère sa cohérence paysagère actuelle. Mais il souffre d’un déficit d’image que son intérêt historique, culturel et écologique ne suffisent pas encore à combler ; il ne profite pas non plus d’une reconnaissance économique - comparable à celle de la baie de la Seudre - qui valoriserait son territoire, comme a pu le faire la production salicole par le passé.Son paysage n’est pas spectaculaire : il nécessite connaissance et compréhension pour être apprécié dans toute sa richesse.

Evolutions et menaces

Les zones humides constituent le type de milieu le plus menacé en Poitou-Charentes. La situation est un peu différente de celle de l’ensemble du territoire national et de celle de l’Europe de l’Ouest où elles régressent dramatiquement d’année en année. Ceci a motivé l’inscription de plusieurs habitats de zones humides sur l’Annexe III de la directive habitat de la CEE (1989) qui recense des habitats naturels considérés comme fortement menacés dans la Communauté. Ces menaces varient en fonction du biotope : les marais littoraux font l’objet, depuis la crise de l’élevage bovin apparue vers la fin des années 1970, d’une reconversion systématique en cultures céréalières intensives après drainage, qui ruine définitivement leur valeur biologique tant pour la flore que pour la faune. Les menaces sont liées en grande partie aux évolutions de l’usage des sols et de la gestion du réseau hydrographique. Les formations végétales du marais de Brouage sont sous la dépendance étroite des pratiques agricoles - les plus caractéristiques étant liées à un mode d’élevage extensif - charge pastorale, date de fauche, gestion du réseau hydraulique et sa conséquence sur l’hydromorphie des parcelles... confèrent aux prairies leur aspect si particulier. Remembrement, nivellement et drainage sont des actions susceptibles de transformer le paysage actuel du marais de façon irréversible. Mais son abandon par l’homme signerait aussi à terme sa disparition. Les mises en culture intensive ont touché en grande majorité la partie nord-ouest du marais. Elles s’accompagnent d’une augmentation de l’échelle des parcelles (passage d’une superficie de 5 à 8 ha à une superficie de 30 à 300 ha), d’un démantèlement du réseau hydrographique de surface, de la diminution de la perception de l’eau (mise en place de drainage enterré, régulation de l’eau excluant l’inondation des parcelles cultivées en hiver), du développement de lignes électriques aériennes, etc... L’abandon de l’entretien des parcelles et du réseau de fossés permet la colonisation progressive du marais par des végétaux ligneux qui en ferment l’espace : cette évolution est notoire par exemple vers le fond du marais, au sud-est de la presqu’île de Broue. Dans cette zone existent également quelques peupleraies. L’agriculture a connu un formidable bouleversement après les années 50, dont les remembrements ont été les signes les plus marquants dans le paysage. Tout indique une nouvelle évolution pour les années à venir. Les modalités actuelles (techniques et subventions) atteignent aujourd’hui leur limite, et les effets secondaires du système impliquent une remise en cause, notamment en raison des surproductions et des craintes sur la durabilité des ressources. De nombreuses réflexions sont en cours afin de tenir compte des rôles importants que joue la profession agricole dans le domaine de l’environnement et dans la vitalité des territoires. Elles impliqueraient une évolution notable des techniques d’exploitation, ayant des incidences sur l’apparence des territoires dont la spécialisation des productions serait moins marquée. La qualité des paysages peut s’inscrire dans ces projets, aux côtés des critères économiques et environnementaux, de sorte à ne pas reproduire les erreurs de l’approche trop fonctionnelle des remembrements d’autrefois. Il sera ainsi possible de reconnaître et valoriser ce que l’agriculture apporte aussi à la société comme créatrice des espaces et des ambiances des territoires qu’elle anime.

Eléments d’identification d’un projet communautaire de paysage

Le maintien et la mise en valeur de la présence de l’eau et des traces de l’histoire doivent être les fondements d’un projet de paysage englobant nécessairement le site dans sa totalité, afin de lui garder toute sa lisibilité. En ce sens, les caractéristiques essentielles du paysage du marais, témoignant de son histoire, sont des références à respecter : la forme, l’échelle et le relief des parcelles, unités de structure intimement liées à la forme et à la densité du réseau hydrographique  ; l’hétérogénéité de textures et de couleurs des prairies ; la rareté de la végétation ligneuse, avec pour corollaire l’omniprésence du ciel, évoquant l’ouverture de l’horizon marin ; la différence entre bordure continentale et marais, mettant en évidence la rencontre de deux mondes où, par contraste, chacun révèle l’autre. La citadelle de Brouage - " étoile de pierre au cœur du marais " et lieu privilégié de sa découverte panoramique - et le marais qui l’entoure - paysage / " écrin " de la citadelle - sont intimement liés par l’histoire et l’espace qu’ils partagent. Cette relation doit être au cœur de tout projet sur l’espace du marais en général, de la citadelle en particulier. Par ailleurs, pour une véritable reconnaissance du paysage du marais, il serait nécessaire de promouvoir et diversifier le travail sur ses représentations, enrichissant le travail amorcé par le Conservatoire du Littoral (cf. Brouage, photographies de Thierry GIRARD). Enfin, pour être reconnu et apprécié, le marais doit aussi être vu, la sauvegarde de son paysage est liée à la découverte et à la compréhension de ses richesses et de ses fragilités  : ceci nécessite de développer un réseau de chemins facilement accessibles, de retrouver la fonction de voie de communication du réseau hydrographique, d’utiliser les points forts balisant la traversée du marais comme points d’ancrage et de repère, points de halte et d’information, points de départ à la découverte du marais.




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Rédacteur en chef : Patricia BUSSEROLLE
Conservatoire d'espaces naturels de Poitou-Charentes
Réalisation Technique : Observatoire de l'environnement Poitou-Charentes
Membre actif du RPAPN : http://www.biodiversite-poitou-charentes.org/
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