Les sites gérés par le Conservatoire sont révélateurs du patrimoine naturel du Poitou-Charentes. Au-delà de leurs intérêts écologiques, la qualité de leur paysage témoigne de la richesse et de la diversité des paysages régionaux.
LA LETTRE DU CONSERVATOIRE - septembre 2007
Observatoires photographiques du Paysage
Les sites gérés par le Conservatoire sont révélateurs du patrimoine naturel du Poitou-Charentes. Au-delà de leurs intérêts écologiques, la qualité de leur paysage témoigne de la richesse et de la diversité des paysages régionaux. Naturellement amenés à évoluer, ces espaces naturels sont soumis à des modes de gestion répondant à des objectifs biologiques précis. Ces modes de gestion impliquent un ensemble de pratiques et d’usages qui contribuent à entretenir et parfois créer certains types de paysages.
ÉDITO
Nous pouvons, dans le cadre de notre pratique professionnelle, ou de notre vie privée, faire le constat que le paysage parle à chacun d’entre nous, de façon sans doute plus partagée que ne le fait l’écologie, la science en général. L’intérêt de tel ou tel biotope, de telle ou telle espèce végétale ou animale, ou de telle formation géologique, restent avant tout affaire de personne éclairée. Le paysage, bien qu’essentiellement matière sensible, tant dans la démarche de l’analyse que dans celle du projet, (mais la science échappe t’elle vraiment au domaine culturel ?), peut être aussi le « faire valoir », voire la porte d’entrée, de la valeur scientifique d’un espace. La ratification de la convention européenne du paysage, dite « convention de Florence », entrée en vigueur en France le 1er juillet 2006, initie dans notre droit une définition explicite du paysage : « partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations ». Le paysage est donc bien une valeur collective, mais pas une science exacte, l’Europe a tranché ! Sur notre territoire picto-charentais, cette vision du paysage a trouvé il y a tout juste dix ans sa place dans le jeune Conservatoire d’espaces naturels, qui comprit cet enjeu et se lança alors dans un inventaire des paysages de la région, s’appropriant, au sein d’une équipe de vaillants naturalistes... un étrange paysagiste, une nouvelle matière... première pour notre pays ! Suivirent des opérations de sensibilisation sur les paysages, de l’Aunis à l’Angoumois, du Poitou à la Saintonge, mais aussi des plans et chartes de paysage, observatoires photographiques sur les terrains les plus emblématiques du Conservatoire, et d’autres choses encore... Sylvain PROVOST, Inspecteur des sites à la DIREN, membre du Conseil Scientifique.
L’état antérieur d’un paysage s’oublie vite
Régulièrement « suivis » d’un point de vue scientifique (évolution de la faune et de la flore), les sites naturels du Conservatoire ne le sont pas habituellement du point de vue sensible, esthétique ou paysager.
Soucieux de mesurer l’impact des opérations de gestion sur la qualité paysagère des sites, et parce que l’état antérieur d’une parcelle s’oublie vite, le Conservatoire a souhaité mettre en place des observatoires photographiques sur ses sites d’intérêts majeurs.
Un protocole simplifié et adapté au suivi paysager des espaces naturels
Le principe des observatoires photographiques a été lancé en 1989 par le Ministère de l’Aménagement et de l’Environnement. Il souhaitait en effet disposer d’un système de « veille photographique », complémentaire de la cartographie et de la photographie aérienne, pour comprendre et suivre l’évolution des paysages français. Appliqué à l’échelle du territoire national, cet observatoire est réalisé par des professionnels qui se sont engagés à suivre un protocole type particulièrement détaillé.
Le Conservatoire a établi son propre protocole à partir de la démarche nationale, en adaptant ses exigences aux problématiques spécifiques de protection et de gestion des espaces naturels.
La constitution d’un fond photographique de référence

Les objectifs des observatoires photographiques sont à la fois d’ordre technique et paysager, à savoir :
le suivi esthétique et paysager du site et de ses abords (ambiances paysagères, aménagement d’un sentier, mise en culture d’une parcelle proche du site...),
l’observation de l’impact paysager de la gestion sur le site (curage de fossé, creusement de mare, débardage d’arbres, restauration de prairie...),
l’observation de l’évolution naturelle du site (dynamique de boisements, évolution saisonnière...).
Pour ce faire, il s’agit de fixer sur un site donné et à un instant donné, une dizaine de points de vue représentatifs des ambiances paysagères du site. Ces vues sont cadrées en fonction des spécificités de chaque site et des évolutions pressenties. Il peut s’agir de travaux, d’aménagements, d’opérations de gestion... Cette première étape correspond à l’implantation. Les vues sont ensuite reprises à l’identique à intervalles de temps réguliers (tous les deux ans en général) : il s’agit des reconductions. L’ensemble des prises de vue successives pour une vue donnée constitue une série photographique.
La constitution d’un tel fond photographique devrait permettre à terme de pouvoir détecter, analyser et commenter les changements qualitatifs du paysage, et faire sensiblement évoluer les choix de gestion.
10 sites majeurs suivis sur les quatre départements
Depuis 1998, les principaux sites du Conservatoire sont progressivement équipés d’observatoires photographiques. Les premières implantations ont été faites sur les sites des « Meulières de Claix » (Charente), du « Marais de Clussais-la-Pommeraie », des « Communaux de L’Hôpiteau » (Deux-Sèvres) et des « Falunières de Moulin-Pochas » (Vienne). Récemment, ce sont le « Marais de Saint-Georges-de-Rex/Amuré » (Deux-Sèvres) et la « Vallée de la Renaudie » (Charente) qui ont été dotés d’observatoires.





Les partenariats avec les écoles nationales supérieures du paysage
Depuis deux ans, le Conservatoire établit des partenariats avec les écoles nationales supérieures du paysage. Ces travaux entrent dans le cadre du Plan de Connaissance et de Reconquête des Paysages mené par la Région Poitou-Charentes et des réflexions que mène le Conservatoire autour de la prise en compte du paysage dans ses actions courantes de préservation et de gestion d’espaces naturels.
Des vallées aux plaines, de l’échelle régionale à l’échelle communale
Les sujets confiés aux étudiants sont variés et couvrent les quatre départements de la région. Un des projets d’envergure est la Reconquête Paysagère de la Sylve


