LA LETTRE DU CONSERVATOIRE - mars 2006
Paysage
ÉDITO
Le Chapus a été touché de plein fouet par la tempête de 1999 et le petit bois de pins qui se situe sur notre littoral a été particulièrement meurtri. La Municipalité a envisagé de lancer une opération de reboisement de ce site dans le courant de l’année 2004. A ce titre, nous avons saisi la Région Poitou-Charentes qui nous a mis en contact avec le Conservatoire. L’objectif initial de la municipalité était de redonner son aspect d’origine au bois de pins. Le Conservatoire nous a donc apporté son expertise dans le cadre d’une mission de maîtrise d’oeuvre et le projet a pu être abordé de façon très professionnelle. Par ailleurs, la Région a pris en charge financièrement les 4 200 plants nécessaires et la commune a fait face à l’achat des paillis, des ganivelles (barrières girondines) et des tuteurs. En concertation avec Messieurs MINIER et BOUTAUD du Conservatoire, j’ai proposé d’associer les enfants des écoles à l’opération. Ainsi les enseignants ont pris part à l’organisation de l’opération et ont développé un projet pédagogique. Ce sont donc l’ensemble des enfants des écoles qui ont réalisé les plantations, avec l’aide des services techniques de la commune et des intervenants du Conservatoire. Aujourd’hui la première phase qui consistait au reboisement de la frange littorale est réalisée. Une deuxième phase se déroulera l’hiver prochain toujours avec le concours des élèves. Je ne peux que me féliciter du déroulement de cette opération et les promeneurs qui fréquentent le bois de pins ne cessent de me faire part de leur satisfaction de voir ce lieu privilégié de promenade ainsi réhabilité.
Le Maire de Bourcefranc-le-Chapus.
Assistance technique paysage et Plan régional de reconquête…
Parmi les nombreuses actions inscrites au plan de reconquête des paysages conduit par la Région Poitou-Charentes, l’une concerne le soutien aux projets de plantations structurants sur le plan du paysage. Le Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes, en charge de la protection et de la gestion d’espaces d’intérêts écologiques et paysagers majeurs, exerce en Poitou-Charentes une activité d’assistance technique « paysage » ponctuelle auprès des collectivités. Dans ce double cadre et fort de ses expériences passées, le Conservatoire a souhaité accompagner la Commune de Bourcefranc-le-Chapus (Charente-Maritime) dans la reconquête paysagère du Petit Bois de Pins.
Le Petit Bois de Pins est un site remarquable sur les plans écologiques et paysagers. Ce type de milieu -boisements sur dunes anciennes- est une chose plutôt exceptionnelle sur cette portion de littoral charentais. Sa position privilégiée face au Pertuis de Maumusson lui confère un caractère singulier. Son existence, enfin, est chère aux Bourcefrançais.
Tempête de décembre 1999 : des séquelles importantes
Cet événement marquant dans l’espace régional et la mémoire pictocharentaise a provoqué des dégâts considérables sur l’ensemble du littoral charentais. Le Petit Bois de Pins, rare avancée boisée au contact du rivage, a subi de plein fouet cet épisode : arrachages d’arbres par les vents, mais aussi salinisation superficielle et localisée du site entraînant le dépérissement de bon nombre d’autres sujets initialement épargnés par les vents.
Une stratégie paysagère adaptée et spécifique, un souci environnemental large
" Le Bois de Pins ", comme son nom l’indique, est un boisement à dominante de Pin maritime. En y regardant de plus près, le site présente une diversité de milieux naturels et d’ambiances paysagères qu’il convient de connaître, de gérer et de conforter. Ainsi, le choix des secteurs de plantations prend en considération non seulement les différents usages et pratiques sur le site, mais aussi s’attache à en conserver les principaux caractères. Un enrichissement de la palette végétale (arbres, arbustes, grimpantes) proposée à la plantation a été effectué pour maintenir toute la richesse faunistique, floristique et paysagère du site.
Les paillages sont biodégradables, les végétaux apportés sont d’origine régionale (façade Ouest atlantique) ; les espèces choisies sont des espèces communes, adaptées aux milieux arrière-dunaires littoraux (Pin maritime, Chêne vert, Chêne pubescent, Arbousier, Tamaris, Nerprun alaterne, Troène commun, etc). Ce sont ainsi plus de 4200 jeunes plants qui seront mis en place en deux tranches, la première en décembre 2005, la seconde en décembre 2006, avec l’aide précieuse des petits planteurs des écoles de Bourcefranc-le-Chapus.
Ont participé activement à cette opération et qu’ils en soient ici remerciés : la Municipalité et les Services Techniques de Bourcefranc-le-Chapus, tous les enfants des écoles primaires et maternelles de Bourcefranc-le-Chapus et bien sûr l’équipe du Conservatoire.
Et pendant ce temps l’inventaire des paysages s’enrichit et s’illustre
L’inventaire des paysages vise à identifier et reconnaître les paysages régionaux. Conçu à son origine pour un usage restreint et destiné alors aux « principaux acteurs du paysage » régionaux (administrations, collectivités, associations…), celui-ci n’a cessé de se développer, de s’affiner, de se voir réapproprié à des fins pédagogiques et/ou de sensibilisation d’un public toujours plus large. Le site Internet de l’atlas des paysages développé en partenariat avec l’Observatoire Régional de l’Environnement (ORE) a sans nul doute contribué très fortement à sa diffusion. Pendant tout ce temps, le Conservatoire d’espaces naturels produit toujours, en s’appuyant sur des professionnels, des planches illustrées pour chacune des entités paysagères de la Région. 20 nouvelles planches sont ainsi disponibles (téléchargeables au format « pdf ») depuis fin 2005 ; le Poitou est désormais couvert en planches illustrées ; les entités paysagères des Charentes vont désormais faire l’objet de travaux comparables. Pour en savoir plus : http://www.paysage-poitou-charentes.org
Vallée de la Charente, approche des paysages à toutes échelles…
Dans le cadre de la réalisation de la déviation de la RN141 à Jarnac, l’Etat maître d’ouvrage s’est engagé à créer une « Réserve biologique » de 45 hectares ainsi qu’à en confier la gestion au Conservatoire (convention du 8 décembre 2003). Parmi les actions envisagées par le Conservatoire pour créer cette réserve figure la restauration et la création de linéaires boisés et de haies.
Constats paysagers
L’agriculture intensive de fond de vallée et l’aménagement important que représente la nouvelle infrastructure routière engendrent une perte d’échelles et de repères dans ce paysage de vallée inondable de la Charente.
Objectifs paysagers
redonner une logique et un sens paysager à l’espace traversé,
ne pas appuyer la coupure infrastructurelle par l’accompagnement d’un linéaire tout au long mais au contraire reprendre les continuités boisées existantes et les prolonger de part et d’autre de la voirie,
dissimuler néanmoins une bonne partie de la voirie à la vue du village en rive Sud.
Principes d’aménagement et de plantation
Le principe est de fragmenter le parcellaire sur la base de tracés anciens et selon les orientations des lignes préexistantes. Cette fragmentation de l’espace visuel devra respecter les vues depuis le hameau proche sur des éléments esthétiques du site, manoir sur l’autre rive du fleuve et piles du nouveau pont, qui établissent une rencontre tout à fait intéressante de l’histoire passée et de la modernité.
Et des travaux d’école à l’échelle territoriale…
Conjointement, le Conservatoire a passé une convention avec l’Ecole Nationale Supérieure de la Nature et du Paysage de Blois pour étudier l’ensemble des paysages de la portion de vallée de la Charente entre Châteauneuf et Jarnac. Les objectifs de ces travaux d’études sont les suivants : apporter un éclairage sur les enjeux paysagers liés à l’évolution des infrastructures routières sur cet espace, proposer des principes généraux d’aménagement à l’échelle du territoire, proposer des moyens de mieux prendre en compte la dimension paysagère dans les projets de plantation des collectivités locales concernées.





