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Paysage

Séminaire « Paysages, de la connaissance à l’action » - nov 2008

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Séminaire régional sur le paysage du mardi 25 novembre 2008

Séminaire régional sur le paysage du mardi 25 novembre 2008 à la Maison de la Région Poitou-Charentes organisé par le Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes avec le soutien de la Région Poitou-Charentes.

« Paysages, de la connaissance à l’action »

COMPTE-RENDU du séminaire régional sur le paysage

du mardi 25 novembre 2008 à la Maison de la Région Poitou-Charentes

organisé par le Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes

avec le soutien de la Région Poitou-Charentes.


L’Inventaire des Paysages de Poitou-Charentes a 10 ans. Pendant ces 10 ans, le Conservatoire Régional d’Espaces Naturels s’est attaché à répondre aux attentes exprimées par la loi Paysage en prenant en compte le caractère patrimonial du paysage dans son ensemble et en accompagnant la mise en place d’outils de connaissance paysagère à l’échelle infrarégionale. Grâce à la politique d’excellence environnementale menée par la Région Poitou-Charentes, la Région et le CREN inscrivent aujourd’hui leurs actions dans un cadre encore plus large qu’est celui de la Convention européenne du paysage. Ce séminaire a été l’occasion de faire un point sur les actions ou projets de paysage en Région, d’échanger sur les freins et obstacles à l’action paysagère et d’examiner les mécanismes de conseil paysagiste à travers l’apport de plusieurs professionnels du paysage impliqués sur les démarches qui ont été menées en région.

La journée s’est déroulée de la manière suivante

DEUX ATELIERS THÉMATIQUES LE MATIN

L’utilisation des outils de connaissance paysagère

Atelier animé par Sébastien DUGLEUX, Vice-Président du Conseil Général des Deux-Sèvres.

  • Étude paysagère préalable au classement de l’île d’Oléron et volet paysager du SCOT

Olivier GOUET, Direction Régionale de l’Environnement Poitou-Charentes, Marianne RULIER, Pays Marennes-Oléron en charge du suivi du SCOT.

  • Élaboration du Plan de paysage Vienne et Moulière

Anaïs ESCAVI, Atelier du sablier, Bordeaux.

  • Projet de parc à Sèvres-Anxaumont et utilisation du Plan de paysage Vienne et Moulière

Pascale BUFFARD & David DASNIÈRE, Atelier Buffard / Dasnière, paysage et architecture, Angoulême.

L’émergence du paysage dans les projets

Atelier animé par Jean-Philippe MINIER, Responsable de l’antenne paysage au CREN Poitou-Charentes.

  • Le conseil en amont ; intérêts et utilisation de l’inventaire des paysages, des plans et chartes de paysages

Roland COUNIL, Directeur du CAUE des Deux-Sèvres, Sandra BENHAMO, Paysagiste au CAUE des Deux-Sèvres.

  • Réflexions sur l’urbanisme au « projet de paysage »

Julia PERROT, Atelier de l’Empreinte, La Rochelle.

  • Exemples de prise en compte du paysage au niveau des Communes

Eve LAGLEYZE, Urbaniste, Niort.

UN ECHANGE EN PLÉNIERE L’APRES-MIDI

Ouverture de l’après-midi par Madame Marie LEGRAND, Vice-Présidente de Région, Présidente du CREN Madame Legrand a présenté la politique d’excellence environnementale conduite par la Région Poitou-Charentes et plus précisément le Plan de connaissance et de reconquête des paysages dans lequel s’inscrit cette rencontre.

Présentation de l’inventaire des paysages de Poitou-Charentes, Jean-Philippe MINIER.

Rapport des ateliers du matin (Jessica SAVREUX, Chargée d’études paysage au CREN & Patricia BUSSEROLLE, Directrice du CREN) ; échanges avec la salle.

Table ronde animée par Marie LEGRAND sur le thème « l’apport des paysagistes sur l’amélioration et la protection de la qualité globale des paysages régionaux »

Intervenants à la table ronde :

  • Roland COUNIL, Directeur du CAUE des Deux-Sèvres,
  • Olivier GOUET, Ingénieur paysagiste, Inspecteur des Sites à la DIREN Poitou-Charentes,
  • Anne FONTENEAU et Guillaume KOCH, Chargés de mission à la Communauté de Communes de l’Argentonnais,
  • Jean-Philippe MINIER, CREN.

Reprenant les exposés et échanges de ce séminaire, voici les thèmes que nous avons souhaité développer ici afin de rendre compte des dimensions constructives et prospectives de cette journée d’échanges :

L’action paysagère en région : « faire lien » entre la connaissance et le projet

La méconnaissance de la profession de paysagiste

L’évolution de la pratique professionnelle vis-à-vis du changement climatique


I. / l’action paysagère en région : « faire lien » entre la connaissance et le projet

Thèmes abordés : les outils de connaissance paysagère ; quels sont-ils ? Quand et comment les mobiliser ? Quels sont les intérêts de tels outils ? Quelle utilité dans l’acte de projet ?

A. SUJET

Les problématiques de paysage s’anticipent. Pour que le développement et l’aménagement du territoire s’effectuent dans le respect de l’identité et de la qualité d’un territoire donné, il est indispensable qu’au préalable la question du paysage ait été posée, débattue, que les différents acteurs du paysage se soient appropriés leurs valeurs communes.

C’est précisément ce qu’apporte la loi Paysage de 1993 dans l’arsenal juridique français en proposant aux acteurs du territoire (collectivités, administrations, acteurs publics ou privés), de se prendre en charge sur la question du paysage, en développant la méthode des Plans de paysage ou des Chartes paysagères.

Ces dernières années, les démarches de ce type se sont d’ailleurs assez largement développées en Poitou-Charentes puisque l’on compte aujourd’hui une douzaine de Pays ayant engagés soit un Plan de paysage soit une Charte paysagère. Par contre, il est moins aisé d’apprécier de quelle manière et dans quelle mesure ces outils de connaissance sont d’une part remobilisés au moment de l’action, d’autre part générateurs d’actions.

Ce que l’on constate, quels que soient les types d’actions ou de projets, c’est :

  • l’importance du travail en amont pour répertorier et prendre en compte l’ensemble des éléments patrimoniaux d’un territoire,
  • la manière dont les acteurs font appel aux professionnels (sont-ce les « bons professionnels » ? est-ce le bon moment ? n’est-ce pas trop tard ?…),
  • le manque cruel d’outils d’évaluation en la matière que ce soit sur des travaux de connaissance paysagère eux-mêmes ou bien pour apprécier la manière dont les porteurs de projets appliquent les recommandations ou principes énoncés dans ceux-ci.

B. ACTEURS / ACTIONS

Les demandes de conseil pour la prise en compte du paysage dans les projets, auxquels se voient confrontés plusieurs acteurs -CAUE, CREN, services de collectivités, etc.- s’accroissent et se diversifient. Pour y répondre et pour y faire face, l’existence ou la non-existence d’outils de connaissance paysagère est déterminante. Ce sont les productions sur lesquels ces « sentinelles du paysage » peuvent s’appuyer pour argumenter, défendre les qualités paysagères du territoire auprès d’élus ou de techniciens.

- Un outil de connaissance régional : l’atlas des paysages ; des outils-actions de connaissance et de projet territoriaux : les plans de paysage, les chartes paysagères :

Le paysage n’est pas une science exacte car il fait largement appel aux points de vue, aux approches sensibles… L’analyse paysagère -pour réalisation de l’inventaire ou autres types d’études paysagères- est l’occasion de croiser les différents regards d’experts, regards d’acteurs extérieurs, représentations individuelles et/ou collectives de l’espace, de manière à faire émerger les valeurs du paysage. Le travail réalisé à l’échelle de l’inventaire constitue une production « première » sur le territoire régional et sur laquelle le conseil peut s’appuyer (bon nombre de partenaires utilisent cet outil : CAUE, Prom’Haies, bureaux d’études, collectivités, services de l’état (…) car il a pour intérêt de replacer chaque territoire dans son contexte paysager global. Lorsque des travaux à d’autres échelles existent comme ceux des Plans de paysage et des Chartes paysagères, c’est un pas de plus : bien souvent les élus trouvent réponse à leurs questionnements en termes d’enjeux paysagers, y compris communaux. Par contre, le « rappel » de l’existence de tels travaux aux élus ou chargés de mission successifs (durées des mandats, de contrats de travail…) ne va pas de soi ; l’animation au niveau du Pays et/ou la présence d’un CAUE est déterminante pour assurer une appropriation durable par les acteurs, des enjeux et valeurs du paysage.

- Porter l’effort sur la durée ; positionner les professionnels là où les enjeux de paysage l’exigent

Le développement d’une culture de la commande publique, d’une qualité de cette commande publique, s’effectue sur un temps long (10 ans, 20 ans…). Les structures de conseil et d’appui aux territoires de type CAUE développent des outils d’aide à la décision pour l’aménagement de l’espace. Il s’agit par exemple, d’inciter les collectivités à inscrire des financements suffisants pour le recours aux compétences de professionnels assurément engagés sur la qualité du projet. Par ailleurs, l’occasion de l’élaboration ou de la révision des documents d’urbanisme est propice pour mettre l’accent sur des enjeux de paysage, pour faire émerger des pistes d’actions. Pour ce qui est du CAUE des Deux-Sèvres, le conseil en amont pour consulter des prestataires pour l’élaboration des documents d’urbanisme est piloté par les paysagistes du CAUE ; ce premier regard est à même de générer, faire émerger le projet de paysage.

- Des efforts à porter en termes de formation

Parce que le paysage, les approches paysagères, touchent aujourd’hui à tous les domaines de l’environnement, de l’agriculture, de l’urbanisme, le CAUE doit de plus en plus « aller au devant de la demande en conseil » et porte de plus en plus ses efforts dans les domaines de la formation, en particulier autour de la dimension citoyenne liée au paysage. Il est également important de disposer de relais dans les collectivités, parmi les techniciens et les élus, qui sensibilisent l’ensemble de la collectivité à cet enjeu et qui font vivre les outils de connaissance et d’action qui ont été réalisés.

- Urbanisme et paysage : associer les paysagistes !

Les urbanistes présents ont clairement exprimé que pour eux, il n’y a vraiment de prise en compte du paysage dans l’élaboration, ou la révision des documents d’urbanisme que :

  • si un paysagiste est associé systématiquement aux travaux des équipes d’études ou de conception,
  • si un (ou plusieurs) élu est motivé par la question du paysage : en effet, les enjeux paysagers peuvent faire émerger du « projet de paysage » ; dès lors qu’il y a projet, il y a renforcement de l’intérêt des acteurs,
  • si des moyens suffisants sont consacrés à ces travaux afin de permettre une présence forte des équipes d’études ou de conception sur le terrain.
  • si les maîtres d’ouvrages ne se cachent pas derrière des arguments économiques trompeurs visant à écarter les paysagistes : la participation de paysagistes n’occasionne pas de « surcoût » et particulièrement pas sur les moyen et long termes, bien au contraire ! Un seul exemple : la question de la gestion et de l’entretien différenciés des espaces font partie intégrante des points que le paysagiste doit éclaircir dans son projet. Ainsi, évaluer et optimiser les coûts de gestion au moment de l’élaboration du projet d’aménagement peut permettre de faire de belles économies par la suite…

C. POUR ALLER PLUS LOIN…

Une méthode simple :

1. S’ENTOURER DE PROFESSIONNELS compétents dès le début (formulation d’un programme, d’une commande),

2. MOBILISER LES ACTEURS SUR DES TRAVAUX ANTÉRIEURS (atlas, autres études paysagères existantes, etc),

3. OUVRIR LE REGARD,

4. PARTAGER DES VALEURS COMMUNES avec le plus grand nombre (expositions, Internet…),

5. ELABORER UN PROJET PARTAGÉ

6. ANIMER

7. ÉVALUER pour mieux rendre compte

D. CONLUSION PARTIELLE

Connaître et reconnaître les paysages d’un territoire, c’est déjà se donner les moyens d’anticiper et d’accompagner son évolution. Ainsi, les outils de travail sur le paysage dont l’échelle permet le passage de la connaissance à l’action que sont les Plans de paysage et les Chartes paysagères présentent un intérêt majeur. Ils transcendent les limites administratives en posant les débats entre acteurs d’abord et avant tout à l’échelle d’espaces aux caractères paysagers communs (unités paysagères). Ils « exercent » les acteurs d’un territoire à manipuler cette matière complexe qu’est le paysage en préparation à la conduite de projets ultérieure, en rendant visible les méthodes et la pertinence du travail des paysagistes. De part leur échelle d’analyse des enjeux paysagers, ils sont directement consultables/utilisables par les acteurs locaux qui vont conduire des projets : les points de force ou de faiblesse du paysage, les lieux de sensibilité paysagère particulière, les éléments de composition ou de structures paysagères y sont décrits, etc. Les principaux éléments à prendre en considération en termes de paysage y sont mentionnés, allant parfois même jusqu’à un niveau de définition communal selon l’importance du territoire intercommunal étudié. Par contre, l’expertise paysagiste territoriale ne dédouane absolument pas de faire appel à nouveau en phase étude ou conception à des paysagistes, bien au contraire. Cela est même nécessaire afin de s’assurer que les orientations et principes d’aménagements paysagers retenus en amont, trouvent leur application concrète et conforme dans l’aménagement lui-même.

Pourtant, force est de constater qu’ils ne suffisent pas à enrayer certains mécanismes de dégradation paysagère récurrents sur le territoire :

  • la suppression inconsidérée voire systématique des éléments structurels et/ou identitaires au sein des paysages ruraux (haies, arbres isolés, etc.),
  • l’aménagement et la construction, en l’absence de véritable parti paysager, d’espaces périurbains (lotissements, zones d’activités, entrées de ville, etc.). A une époque où tout le monde reconnaît l’importance des paysages et du cadre de vie, la persistance de ces dégradations pose question ; les outils de connaissance paysagère constituent un élément de réponse partiel, en contribuant à l’établissement d’une culture commune sur les qualités et valeurs des paysages.

II. La méconnaissance de la profession de paysagiste

Paysagiste, architecte-paysagiste, paysagiste-conseil, concepteur paysagiste, ingénieur paysagiste… bon nombre d’appellations qui montrent à elles seules en quoi la profession de paysagiste reste mé(mal)connue…

A. SUJET

Trop souvent nous nous intéressons à la question du paysage lorsque c’est trop tard, lorsque le mal est fait : un aménagement raté et non fonctionnel, une infrastructure proprement injurieuse par rapport à un site donné… La réaction qui va de pair est celle qui dénonce le travail des paysagistes ! Malheureusement trop souvent, il n’y a justement pas eu de travail ou de réflexion paysagère véritablement menée : on a fait appel à des paysagistes qui n’en sont pas… ou bien on a fait appel aux paysagistes trop tard, au stade où la seule chose qui leur est demandée est une liste d’espèces, et de surcroît, « au meilleur prix ».

« Le concepteur paysagiste est le concepteur et le maître d’œuvre des projets et des études d’aménagement, depuis le jardin jusqu’au territoire. Complémentaire et partenaire des autres métiers de la conception et de la maîtrise d’œuvre - écologue, ingénieur, architecte, urbaniste - partageant des savoir-faire avec l’un ou l’autre, le concepteur paysagiste ne se confond pour autant avec aucun de ces métiers. Son savoir-faire n’est pas seulement technique puisqu’il sait intégrer la dimension subjective, culturelle et sociale du paysage et mettre en œuvre sa propre créativité ; ni seulement architectural, puisqu’il connaît le végétal, le sol, l’eau, et aussi la complexité et l’évolution d’un milieu vivant. »(extr. du « dépliant de la Fédération Française du Paysage », 04/2008 ; www.f-f-p.org)

On veut souvent le cantonner à celui qui établit la palette végétale. Non, son travail s’effectue bien en amont, à travers notamment l’analyse qu’il peut faire à l’échelon de la commune, du territoire, etc. L’apport du paysagiste contribue ainsi très fortement à fédérer les projets, à faire partager des valeurs entre plusieurs acteurs de l’aménagement du territoire. Aussi peut-on dire aujourd’hui que par son mode d’approche même des enjeux d’aménagement, le travail du paysagiste occupe une place de premier ordre face aux problématiques et enjeux relatifs au développement durable.

Enfin, TOUT impacte le paysage : une nouvelle infrastructure, un choix urbanistique, des pratiques agricoles en modifient l’aspect et jouent sur les évolutions à court ou long termes. Le paysagiste intervient sur des espaces ruraux ou urbains, à des échelles de travail très variées ; il est en outre familier des autres métiers de la conception et de la maîtrise d’œuvre. Il doit (et devrait tenir davantage encore) une place déterminante dans les secteurs de l’urbanisme, de l’aménagement du territoire et de l’environnement, mais probablement aussi dans les domaines de l’éducation et de la formation.

B. ACTEURS / ACTIONS

  • Les actions conduites par la Fédération Française du Paysage (délégation Aquitaine - Limousin - Poitou-Charentes)
    • sensibilisation des maîtres d’ouvrages sur les spécificités de la profession,
    • travail à la réalisation du référentiel AFNOR des paysagistes,
    • amélioration des outils susceptibles de prendre en considération les enjeux de paysage (PLU, cartes communales, etc),
    • travail aux côtés du Syndicat National des professionnels de l’Aménagement et du Lotissement (SNAL) de l’Aquitaine, de l’Ordre des Architectes, des Urbanistes, pour l’amélioration de la qualité des programmes relatifs à la création de lotissements.
  • Les soutiens apportés par la Région Poitou-Charentes quant à la connaissance et à la reconnaissance des professionnels du paysage
    • dans le cadre du soutien de la Région Poitou-Charentes au fonctionnement et aux actions du CREN, la Région sollicite et mobilise les deux paysagistes de l’antenne Paysage du CREN,
    • chaque année, en partenariat avec le CREN, les 4 écoles nationales supérieures du paysage sont mobilisées au travers de la réalisation de travaux d’étudiants en Poitou-Charentes, travaux qui donnent lieu à une restitution annuelle,
    • le soutien aux projets de paysage portés par des collectivités conditionné notamment à la mobilisation des compétences de concepteurs paysagistes
  • Les Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement

Ils occupent une mission de service public clef dans l’effort collectif porté à la qualité de l’aménagement. En Deux-Sèvres par exemple, les questions d’urbanisme et d’aménagement sont d’abord traitées par les paysagistes de l’équipe.

  • Les Services de l’État (Paysagistes-conseils des DDE et DIREN, inspecteurs des sites) : ils veillent à la prise en compte des paysages dans les projets soumis à autorisation, favorisent l’émergence des enjeux paysagers dans les documents d’urbanisme et incitent les collectivités à faire appel aux professionnels adaptés, notamment sur des territoires emblématiques identifiés tels que les sites classés.

C. POUR ALLER PLUS LOIN…

1. EXPLIQUER LA SPECIFICITÉ des professionnels : sensibiliser les maîtres d’ouvrages sur les spécificités de la profession et au sein même de la profession, les spécificités de tel ou tel bureau d’études car s’ils œuvrent sur plusieurs champs extrêmement larges, les bureaux d’études paysagistes ont chacun leurs spécificités d’intervention (conseil, étude, conception, maîtrise d’œuvre…).

2. DÉCRIRE EXPLICITEMENT LES MISSIONS CONFIÉES AU PAYSAGISTE dans le cadre des consultations / appels d’offres, être précis et vigilant sur la répartition des tâches au sein des équipes d’études, de conception ou de maîtrise d’œuvre, sur la place et les attentes relatives à la mission du paysagiste.

3. LE PAYSAGISTE N’ENTRAINE PAS DE SURCOÛT : expliquer en quoi la présence de paysagistes au sein des équipes d’études, de conception ou de maîtrise d’œuvre n’entraîne pas un surcoût et notamment pas sur les moyen et long termes.

4. FORMULER DES EXIGENCES AUPRÈS DES PROFESSIONNELS pour des réponses prenant en compte l’urgence du changement climatique (cf. point suivant), les notions de corridors écologiques, de trames vertes / trames bleues à l’échelle des territoires.

III. / L’évolution de la pratique professionnelle vis-à-vis du changement climatique

Biodiversité et paysage, énergie et paysage, eau et paysage, etc. Comment les paysagistes intègrent toutes ces dimensions dans leurs pratiques ?

A. SUJET

Appauvrissement de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles, perturbations liées aux changements climatiques… Valorisées par le Grenelle de l’Environnement, les questions d’écologie et de maîtrise de l’énergie sont aujourd’hui au centre des préoccupations environnementales et font partie des éléments incontournables à prendre en compte dans tout projet de territoire.

La Convention Européenne du Paysage définit le paysage comme étant la résultante de plusieurs facteurs, naturels et humains et de leurs interrelations. Paysage et écologie sont donc étroitement liés. Ainsi, la protection d’un paysage, qu’il soit remarquable ou ordinaire, va souvent de pair avec la protection du patrimoine naturel qui y est associé. D’autre part, nourri des spécificités locales, le projet de paysage découle d’un diagnostic de territoire qui prend en compte la multiplicité de facteurs interférant avec le domaine du paysage. C’est en s’appuyant sur ce diagnostic et donc sur le contexte local (géographique, sociologique, écologique) que le paysagiste assure la pérennité de son projet.

Enfin, le travail de concertation nécessaire à l’élaboration d’un projet de paysage constitue également une porte d’entrée privilégiée pour sensibiliser les acteurs du territoire aux enjeux environnementaux actuels.

Acteurs clés de l’aménagement du territoire, et conscients de leurs rôles et responsabilités face aux enjeux liés au changement climatique, les professionnels du paysage font peu à peu évoluer leurs pratiques, tant dans la manière de concevoir les projets que dans leur mise en œuvre.

B. ACTEURS / ACTIONS

  • La mise en place d’une politique incitative par la Région Poitou-Charentes
    • Contrat Locaux d’Initiative Climat proposés dans le cadre du Programme « Initiatives Climat »
    • Appel à projet de reconquête des paysages aidant les projets de plantations structurants sur le plan du paysage
    • Soutien accru aux Contrats Régionaux de Développement Durable dont le volet environnemental est conséquent
  • L’intégration des corridors écologiques dans les projets de territoire
    • Prise en compte et inscription des corridors écologiques (trames verte et bleue) dans les documents d’urbanisme (SCoT, PLU…) et de Paysage (Plan, Charte…)
    • Classement des éléments fixes du paysage dans les documents d’urbanisme
    • Réalisation de Documents de référence permettant de donner des orientations d’actions beaucoup plus précises que les documents d’urbanisme
    • Classement de paysages dits remarquables

La mise en place de nouvelles pratiques et de prescriptions réglementaires nécessite au préalable un travail de concertation avec l’ensemble des acteurs du territoire (élus, habitants…) pour garantir au maximum leur acceptation.

  • Pour les professionnels, un travail plus en harmonie avec le site et prenant en compte :
    • le contexte écologique local duquel découlera en partie le projet
    • les échelles de temps longues et les aléas climatiques (conditions extrêmes)
    • les économies d’énergie (orientation des maisons, installation de panneaux solaires)
    • la gestion de l’eau (noues, épuration des eaux par les macrophytes)
    • les déplacements (distance domicile/travail)
    • l’origine des matériaux de construction et leur caractère recyclable
    • les trames végétales (renforcement des trames et utilisation de végétaux adaptés aux conditions pédoclimatiques locales - choix des essences et provenance)
    • les questions de gestion et d’entretien différenciés des espaces, de gestion de l’eau, etc
    • la consommation de l’espace, le respect de la topographie et des sols en place… … l’objectif étant : l’amélioration du cadre de vie des populations.

C. POUR ALLER PLUS LOIN…

  • Trouver des alternatives…

Les incertitudes liées au changement climatique contraignent les paysagistes à réfléchir davantage leur projet sur le long terme en envisageant tous les scenarii d’évolution possible.

    • Utilisation préférentielle d’un matériel végétal d’origine locale issu de semis pour s’appuyer sur la capacité d’adaptation des végétaux
    • Utilisation de mélange prairial indigène pour enherber les espaces (remplacement du gazon)
    • Mise à profit du développement spontané des végétaux (laisser faire la nature et adapter la gestion)
  • Associer systématiquement une compétence écologique aux projets de paysage (définition du cahier des charges) Face au changement climatique, plus on aura détruit d’espèces, plus nous serons vulnérables aux effets de celui-ci, et par conséquent, les diversités écologiques et paysagères constituent des objectifs fondamentaux ; en d’autres termes, le projet de paysage doit nécessairement proposer des techniques ainsi que des structures paysagères susceptibles de permettre et favoriser les flux vivants (corridors biologiques).
  • Intervenir davantage sur le périurbain, un espace à forts enjeux écologiques et paysagers
  • Mettre en place des outils d’évaluation de la qualité des projets au regard des orientations du Grenelle de l’Environnement.
  • S’appuyer sur les partenaires et personnes compétentes en région (ORE, Ifrée, CRPF, ONF, CREN, etc).

D. CONCLUSION DU CHAPITRE

  • Le paradoxe du temps : la lente appropriation du paysage face à l’urgence du changement

Plus le territoire est vaste, plus la prise en compte du paysage est longue à s’établir… que ce soit dans l’effort à porter sur les diagnostics paysagers, sur l’amélioration de la commande publique, sur les moyens à mettre en œuvre en formation/sensibilisation d’acteurs : 3- 5 ans pour une Commune, 10- 12 ans pour une Communauté de Communes, 15-20 ans pour des PNR, pour des Pays, des départements (…). Ces échelles de temps ont été évoquées par différents intervenants.

Aujourd’hui, beaucoup de professionnels se sont d’ores et déjà saisis des enjeux liés au changement climatique en cours, en proposant à la fois des méthodes de travail adaptées, des choix techniques et de mise en œuvre de matériaux, de végétaux, mais aussi d’usages et de pratiques des espaces, intégrant parfaitement les enjeux du développement durable. Par contre, compte-tenu des temps d’appropriations nécessaires pour changer ses habitudes ou ses pratiques, bon nombre d’élus, de techniciens ou de simples citoyens ont vraiment besoin d’être sensibilisés et formés très vite aux enjeux et aux modes d’actions possibles pour anticiper le changement climatique.

  • Les paysagistes, parmi les professionnels les mieux « armés » vis-à-vis de la question du développement durable Les paysagistes intègrent naturellement la complexité (temps, échelles, espaces, sentiment, impression, etc), ils prennent en compte le temps, la durée, les changements progressifs, ils participent par leur capacité à décrire et à représenter la qualité et la nature du territoire, à mettre en débat les valeurs paysagères des espaces, et enfin à projeter les évolutions possibles, à une véritable prise en compte des principes du développement durable.

CONCLUSION

Si les différents outils de connaissance paysagère (atlas ou inventaire régional des paysages, plans, chartes…) confirment plus que jamais leurs intérêts aux yeux des différents acteurs de l’aménagement du territoire, d’importants efforts restent à faire pour améliorer la transition entre ces outils de connaissance et ceux de l’action paysagère. L’objet d’une telle journée est précisément de donner à voir et à échanger sur les différentes pratiques conduites, en particulier par les professionnels du paysage, pour passer d’une échelle à l’autre et reprendre des objectifs de qualité pré-énoncés dans un projet.

Acteurs de l’aménagement du territoire, maîtres d’ouvrages ou maîtres d’œuvre, il nous faut maintenant et collectivement nous attacher à rendre lisible auprès d’un public élargi l’ensemble des réponses que chacun apporte aux questions suivantes :

Qu’est-il fait… sur la question du paysage ? Qu’est-il fait… pour assurer une évolution paysagère souhaitable ? Qu’est-il fait… pour que les erreurs commises ne se reproduisent plus ? Qu’est-il fait… pour valoriser et donner à voir des projets de paysage particulièrement bien soignés ? Qu’est-il fait… pour montrer que parfois, l’œuvre réussie du paysagiste ne se voit pas dans le paysage ?


REMERCIEMENTS

Nous remercions la Région Poitou-Charentes, le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE) des Deux-Sèvres, la Direction Régionale de l’Environnement de Poitou-Charentes (DIREN), la Fédération Française du Paysage (FFP), tous les intervenants et les participants de cette journée, ainsi que toute l’équipe du Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes.

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Rédacteur en chef : Patricia BUSSEROLLE
Conservatoire d'espaces naturels de Poitou-Charentes
Réalisation Technique : Observatoire de l'environnement Poitou-Charentes
Membre actif du RPAPN : http://www.biodiversite-poitou-charentes.org/
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