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Lettre du Conservatoire

2003 dec - Le marais de Saint Augustin - les Mathes (Charente-maritime)

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Fossé
Fossé

LA LETTRE DU CONSERVATOIRE - décembre 2003

Les Marais de Saint Augustin (Charente-maritime)

Le marais de la Presqu’île d’Arvert en Charente-Maritime, un site peu connu, d’une grande valeur paysagère et au patrimoine biologique évident.

Fossé
Fossé

Première acquisition du Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes, réalisée en 1995, le site est situé sur la commune d’Etaules. Il se place à l’interface du marais de la presqu’île d’Arvert et du massif dunaire boisé de Saint-Augustin-Les Mathes et des Combôts d’Ansoine. Cette situation en lisière lui confère à la fois un intérêt paysager remarquable et une grande richesse écologique.

Chacun des marais littoraux a sa propre histoire : formation géologique, activités et aménagements anthropiques sont déterminants dans le fonctionnement biologique de ces espaces.

Les marais de la presqu’île d’Arvert, situés entre La Tremblade et Royan, sont le fruit de la conjonction de deux phénomènes naturels marins récents : la sédimentation des argiles fluvio-marines et le transit côtier des sables, qui se sont accumulés sur ces argiles au cours des deux derniers millénaires.

Comme dans tous les marais, la maîtrise des eaux est une préoccupation constante des riverains et utilisateurs. A cet effet, des ouvrages hydrauliques, fossés et écluses, ont été construits. Ils permettent d’évacuer les excédents grâce à deux exutoires artificiels vers le marais de la Seudre, l’un à La Tremblade, l’autre à Chaillevette. Longtemps voué à l’élevage et au maraîchage, le marais a été plus récemment mis en culture sur une majeure partie. Les secteurs où l’activité agricole intensive ne s’est pas installée témoignent de l’extraordinaire intérêt des habitats naturels.

Un écotone* d’une grande richesse biologique

*écotone : lisière entre deux milieux

Les 6 ha 02 a 15 ca acquis par le Conservatoire d’espaces naturels sont représentatifs de cette richesse : Le milieu dominant y est la prairie naturelle humide, qui se développe sur un substrat argileux d’origine marine (le « bri »), recouvert d’une couche de tourbe noire de formation plus récente. Les sables recouvrent une partie de ce sol marécageux. Une pelouse silicicole sèche s’y est installée. La base de cette zone sableuse laisse exsuder la nappe phréatique du massif dunaire. Là, le milieu s’est en partie refermé, favorisant le développement d’une saulaie et d’une aulnaie ainsi que d’une végétation à hautes herbes, la mégaphorbiaie.

Avec ses fossés et ses abreuvoirs, ce marais est exceptionnellement favorable aux batraciens et reptiles.

Les amphibiens qui vivent dans le massif boisé s’y reproduisent, tout comme ceux qui fréquentent le marais. Les inventaires ont permis de constater la présence du triton palmé, du triton marbré, du crapaud commun, de la rainette méridionale, de la grenouille agile et de la grenouille de Pérez. Même l’emblématique pélobate cultripède, habitué des dunes côtières méridionales, fréquente le site. Malgré une grande discrétion, la présence de la tortue cistude d’Europe est confirmée par de nombreuses pontes sur le site.

On y rencontre également le cuivré des marais, papillon inféodé aux marais tourbeux et la rousserolle effarvate, fauvette qui niche dans les roselières. La renoncule à feuilles d’ophioglosse s’épanouit en bordure d’une mare et l’hottonie des marais s’est installée dans un fossé très envasé.

L’action du Conservatoire

La restauration des milieux, le développement des potentiels biologiques du site par des aménagements appropriés et une gestion pastorale, sont les objectifs principaux du Conservatoire. La collaboration fructueuse avec l’éleveur locataire est déterminante pour la pérennité des actions.

Pâturage
Pâturage

Le pâturage bovin garantit un excellent entretien de la végétation. Les exigences de l’élevage concordent avec les objectifs de gestion : maintien de la fonctionnalité hydraulique (fossés qui servent de clôture, mares-abreuvoirs), faible pression de pâturage. Suite à une demande de l’éleveur, le Conservatoire d’espaces naturels a planté une haie brise-vent. Cela a été l’occasion d’expérimenter avec succès un protocole de plantation de végétaux indigènes. Les essences ont été prélevées localement, mises en culture en pépinière et réimplantées sur la parcelle, sous un paillage de fumier et de paille fournis par l’éleveur. Celui-ci a mis l’aménagement en exclos pour éviter les dégradations des jeunes plants par les bovins.

Les projets

L’acquisition récente de la parcelle complémentaire, enclavée, va permettre de nouvelles actions :
-  Restaurer la prairie sur quelques ares, précédemment cultivés,
-  Expérimenter le pâturage sous une peupleraie, en partie ruinée par la tempête de 1999,
-  Soustraire du piétinement, pendant l’automne et l’hiver, une part du périmètre de ponte des tortues cistudes. Les aménagements hydrauliques entamés en 2002 se poursuivront par une nouvelle campagne en été 2004. Sont prévus des curages de fossés, dans lesquels sera maintenu un niveau d’eau adapté à leurs fonctions biologiques, à l’hydromorphie générale et à l’abreuvement du troupeau. La restauration de mares et du débroussaillage seront également réalisés.

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