LA LETTRE DU CONSERVATOIRE - octobre 2009
Le marais de Saint Fraigne (Charente)
Edito
La dégradation de la qualité de l’eau et des problèmes récurrents d’assec ont conduit les agriculteurs et le Syndicat Intercommunal d’Aménagement Hydraulique du Bassin de l’Aume-Couture à mener une action innovante en 1995 : remettre en eau d’anciens marais cultivés en céréales pour améliorer la ressource.
Une large concertation, la mobilisation de nombreux partenaires agricoles et le soutien des collectivités ont permis de réaliser ce projet sur la commune de Saint-Fraigne.
Nous avons sollicité le Conservatoire pour qu’il devienne propriétaire des terrains et gère durablement cet espace en mutation.
Aujourd’hui, le marais de Saint Fraigne s’étend sur environ 25 ha et constitue une véritable réussite saluée par le trophée de l’eau de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne en 2004.
Franck BONNET, Maire de Saint Fraigne, Président du SIAHBAC
Comment préserver la ressource en eau en réhabilitant des espaces naturels ?
Habituellement, le Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes intervient sur des espaces naturels existants. Pourtant, le passé écologique de la vallée, la motivation des partenaires locaux, et le soutien de nombreux financeurs ont poussé le Conservatoire à examiner favorablement ce projet ambitieux et exemplaire de réhabilitation d’une ancienne zone céréalière.
Après 3 années de remise en eau, un diagnostic écologique mettait en évidence le retour d’une faune et d’une flore exceptionnelles. L’intérêt scientifique de la zone démontré, l’acquisition foncière à l’amiable pouvait donc être lancée avec la SAFER.
Aujourd’hui, le Conservatoire est propriétaire de 23 ha et ce sont des agriculteurs qui, grâce au pâturage et à la fauche, maintiennent la biodiversité sur le site.
Conservatoire Régional d’Espaces Naturels de Poitou-Charentes
Le marais de St Fraigne : un espace de reconquête pour les espèces patrimoniales
L’abandon de pratiques culturales intensives sur le marais et sa remise en eau en 1996 ont très rapidement permis le retour d’une végétation très intéressante, inféodée aux zones humides. Dès les premiers stades de recolonisation dits « stades pionniers », on a pu observer le retour de la Gratiole officinale, espèce végétale protégée au niveau national.
En constante évolution, le marais de St Fraigne offre aujourd’hui une mosaïque de milieux humides alliant prairies humides, roselières, saulaies… différents stades de végétation qui contribuent à faire de ce marais un véritable réservoir de biodiversité.
Chaque formation végétale abrite en effet des espèces particulières : ainsi les roselières sont elles devenues le lieu de repos et de reproduction de tout un cortège de passereaux : Bruant des roseaux, Rousserolle effarvatte, Cisticole des joncs… L’hiver, les prairies inondées permettent le repos d’oiseaux migrateurs comme la Bécassine des marais, tandis que l’été, le Cuivré des marais (papillon rare et protégé) y trouve sa plante hôte (rumex) pour déposer ses œufs.
Réhabilitation et gestion agricole
Pour redonner au marais son identité et malgré la colonisation naturelle par les plantes, des travaux de restauration ont été néanmoins nécessaires.
Ainsi, l’exploitation de peupliers laisse la place à de jeunes frênes déjà présents en sous-étage ; il a fallu déssoucher ponctuellement des saules pour restaurer des prairies humides et des cariçaies : des travaux difficiles à mettre en œuvre sur des terrains tourbeux et peu portants ! D’autres aménagements seront effectués dans les années qui viennent : restauration de mares, plantation de haies…
Pour maintenir cette mosaïque de milieux restaurés, le Conservatoire et la SAFER ont travaillé avec des agriculteurs volontaires pour exploiter le marais selon un cahier des charges adapté aux conditions environnementales du milieu. Aujourd’hui, ce sont 4 exploitants dont 2 éleveurs qui valorisent 21 ha sur le marais. Après l’installation des équipements et clôtures, vous pouvez voir, depuis l’été 2009, des vaches sur le marais de Saint Fraigne, rappelant ainsi la vocation passée de cette espace.
Une zone humide aux multiples fonctions
En collaboration avec le SIAHBAC, le Conservatoire a mené un suivi hydrogéologique de la zone humide de St Fraigne pour comprendre son fonctionnement et son influence sur la rivière ainsi que sur la ressource en eau.
Pendant deux années (2004 et 2008), des mesures et des prélèvements ont été effectués dans le marais sur différents piézomètres et aussi dans l’Aume. Les résultats montrent que le marais est constitué d’une couche de tourbe de 4 mètres d’épaisseur dans laquelle circule une nappe locale d’accompagnement de la rivière. Cette zone tourbeuse remplit de multiples fonctions : filtre naturel vis-à-vis des nitrates (les végétaux les consomment en partie), rôle d’éponge en période de crue, de soutien de la rivière à l’étiage car l’eau est libérée lentement…
La zone humide de St Fraigne participe et contribue ainsi à l’effort collectif mené pour améliorer la ressource en eau à l’échelle du bassin versant de l’Aume-Couture.
Valorisation
Depuis quelques années, le Conservatoire organise avec ses partenaires des animations grand public pour faire découvrir le nouveau visage du marais de St Fraigne. En 2008 par exemple, l’opération « Fréquence Grenouille » accueillait une trentaine de personnes venues découvrir Grenouille agile, Rainette arboricole et autres tritons.
En 2009, ce sont les enfants de la Grande’Ouche de St Fraigne qui ont parcouru le marais pour tenter d’y observer les oiseaux nicheurs, en compagnie des animateurs de Charente Nature.




